03.07.2012, 00:01  

Un scandale financier d'ampleur secoue la City

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Par ROSE CLAVERIE

FINANCES - Accusée d'avoir manipulé des taux du Libor, la banque Barclays doit affronter une commission d'enquête parlementaire à Londres.

Bob Diamond cristallise toutes les colères en Grande-Bretagne. Le directeur général de Barclays, connu aussi sous le nom de "l'homme aux 100 millions de livres" pour sa fortune personnelle, qui a déclaré un jour se réveiller " tous les matins avec le sourire ", connaît en ce moment des débuts de journées plus difficiles.

Déjà, la semaine dernière, l'Américain a dû renoncer à son bonus de fin d'année à cause du scandale de la manipulation des taux interbancaires, et il va devoir affronter demain une commission de députés britanniques.

Barclays vient d'être condamné à 360 millions d'euros d'amende par les autorités de régulation britannique et américaine pour avoir truqué les données servant à établir le Libor entre 2006 et 2008.

Le "London Interbank Offered Rate" est le taux auquel les banques se prêtent de l'argent entre elles. Tous les matins, avant 11 heures, l'Association bancaire britannique demande à seize établissements à quel taux ils pensent pouvoir emprunter les uns aux autres. Comme tous ne comptent pas demander crédit à ce moment-là, le chiffre donné est approximatif et donc sujet à débat.

La personne qui soumettait les taux chez Barclays était sous la pression des traders de la banque à New York ou à Londres pour fixer le taux à un niveau qui les arrangeait afin de couvrir leurs positions sur le marché. Donner un taux d'emprunt bas permettait par exemple à la banque de rembourser plus facilement ses dettes.

Mais de nombreux taux d'intérêt de référence pour les entreprises ou les particuliers dépendent du Libor. Plus le taux est haut, plus emprunter est cher et vice versa. Les manipulations des banques ne sont donc pas sans conséquences, puisque 270 000 milliards de produits financiers seraient concernés dans le monde entier. Barclays n'est pas la seule à être dans le collimateur des autorités.

Autres établissements inspectés

Si la banque britannique a été la première condamnée, une quinzaine d'autres grands noms de la finance, dont UBS, HSBC, RBS ou Citigroup, ont été inspectés par les régulateurs.

RBS a licencié fin 2011 quatre traders impliqués, indiquait la BBC dimanche. Andrew Tyrie, le chef de la commission parlementaire qui va auditionner Bob Diamond, a évoqué le scandale " le plus préjudiciable " dont il puisse se souvenir. Ed Miliband, le chef de file des travaillistes, réclame une enquête publique et propose de mettre sous les verrous les gens qui agissent mal dans la finance.

Pour l'instant, le premier ministre David Cameron ne veut pas prendre une décision " dans la précipitation ". Downing Street lance une mission sur le fonctionnement du Libor, afin d'inclure dès la fin de l'été des mesures dans la réforme en cours du système bancaire.

Le directeur général de Barclays va devoir expliquer comment il a prétendument ignoré les faits commis lorsqu'il dirigeait la branche investissement. Le Figaro

LE PRESIDENT DE BARCLAYS CONTRAINT A LA DEMISSION

Le président du conseil d'administration de Barclays, Marcus Agius, quitte son poste après les critiques du public et des politiques sur une manipulation des taux interbancaires Libor et Euribor par son établissement, a annoncé hier la banque britannique. " Les événements de la semaine dernière ont mis en évidence des comportements inacceptables au sein de la banque et ont porté un coup dévastateur à la réputation de Barclays ", a estimé Marcus Agius. " Nos clients, employés et actionnaires ont été déçus et j'en suis sincèrement désolé ", a-t-il ajouté. La banque va par ailleurs lancer un audit sur ses pratiques, qui doit conduire à un rapport public et à la publication d'un nouveau code de conduite pour ses employés. Barclays a annoncé qu'elle allait payer au total l'équivalent de 290 millions de livres - soit environ 431 millions de francs - pour mettre fin à des enquêtes des régulateurs britannique et américain sur des tentatives de manipulation des taux interbancaires Libor et Euribor. ATS-AFP


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