La sagesse de l’échiquier

Gabriel Rego Capela nous explique pourquoi le jeu d’échecs est définitivement indémodable.
12 oct. 2021, 05:30
/ Màj. le 12 oct. 2021 à 05:30
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Si, peu ou prou, tous les sports et loisirs ont eu à souffrir de cette crise pandémique, il y a un jeu qui, au contraire, a vu sa popularité grimper en flèche: les échecs. Avec les applications de matches en ligne, les chaînes de streaming qui diffusent et commentent des rencontres de grands maîtres, ou encore le succès mondial de la série «Le jeu de la dame», il n’arrive décidément pas à passer de mode.

Malgré tout, les échecs souffrent d’une réputation de passe-temps très cérébral et, à première vue, pas super-rigolo. Mais c’est aussi une arène inépuisable de possibles: un mathématicien américain, Claude Shannon, estimait le nombre de parties «cohérentes», avec un déroulé sensé donc, à 10120, soit 1 et 120 zéros derrière. Pour vous donner une idée, on estime que l’univers observable possède environ 1080 atomes. Il y a donc (bien) moins de matière dans notre monde que de parties d’échecs à jouer.

Mais pas une seule de ces parties ne laisse de place au hasard. Pas de lancers de dé au programme: des pièces aux mouvements bien définis et des règles d’acier, qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. Pourtant, tant de choix nous sont permis…

C’est pourquoi l’échiquier n’exige pas que calcul et précision: il s’agit aussi de sentir le danger imminent et l’éviter, affiner son intuition, être original et surprenant, pour vaincre, ou du moins passer un bon moment. C’est dans cette tension entre contrainte et liberté, entre calcul et improvisation, que se trouve le sel du jeu.

Une tension que l’on ne retrouve pas seulement sur l’échiquier. Pas étonnant qu’on ne s’en lasse toujours pas!