"Chien honnête", l'Air du temps de François Nussbaum

Découvrez la chronique "Air du temps" de François Nussbaum.
18 avr. 2019, 05:30
/ Màj. le 18 avr. 2019 à 05:30
AirDutemps-FrancoisNussbaum

Bon, c’était pas un modèle d’obéissance, le copain, et les dix jours d’arrêts infligés par le commandant de compagnie étaient probablement mérités. Et il était peinard: le soir, ses camarades lui livraient des clopes et de la bière, dans un panier attaché à une ficelle pour atteindre la fenêtre de sa cellule.

Mais, dans ces années 1970, l’armée avait été briefée sur la menace que la drogue faisait peser sur la jeunesse. Du coup, l’état un rien euphorique du copain (qui aurait dû se morfondre) a éveillé les soupçons du commandant. Qui s’est pointé à l’improviste dans sa cellule avec un chien renifleur.

Le copain était goguenard: la bière OK, mais il ne touchait pas à d’autres trucs. L’animal s’est soudain excité en fourrant son nez sous le matelas. L’officier l’a aussitôt écarté pour cueillir lui-même le butin... qui n’était qu’un vieux morceau de saucisson. Le chien s’est fait engueuler.
Même scénario en 2003, mais à l’ONU cette fois. Le président Bush et ses faucons voulaient absolument, pour déclencher la guerre contre l’Irak, la preuve qu’on y fabriquait des armes de destruction massive. Mais ils ne trouvaient rien. Tant pis, on allait faire comme si.

Et le pauvre général Colin Powell a dû exhiber devant l’ONU sa pêche miraculeuse en Irak: une petite fiole contenant quelques maigres échantillons de bacille du charbon, dont on pouvait soupçonner qu’éventuellement... Il avouera qu’on l’avait trompé. Mais la guerre a eu lieu, faisant des centaines de milliers de morts.

Ah, si les services secrets américains avaient disposé de chiens renifleurs aussi honnêtes qu’en Suisse...

François Nussbaum